Qu’ils sont fous ces 7 randonneurs de partir par un samedi après-midi pluvieux en direction de mla cabane des Esclozes. Nos sacs sont bien remplis : de quoi passer une bonne soirée, gourmande et au chaud. L’ambiance est là, chacun est motivé par la dynamique du groupe : c’est vrai que cette idée d’aller dormir en cabane avec ce temps nous aurait découragée si on avait été seuls.
Tout en marchant, on se demande si demain matin il y aura de la neige, et assez de neige pour mettre les raquettes. La montée est cool, et l’arrivée à la cabane réconfortante. Comme dirait Marc on ne la regarde pas de la même manière quand on sait qu’on va passer la nuit dedans.
Chacun installe son petit cocoon pour le soir, et Matthieu a même le courage de monter sa tente dehors, il a l’habitude.
Le ciel est bas, peu d’espoir qu’on aperçoive directement la Lune ce soir, mais on avait prévu le coup : en montagne il faut savoir s’adapter. Alors chacun est venu avec un conte ou une histoire à partager : on en a eu pour tous les goûts : des contes de sagesse en passant par des histoires plus farfelues (dédicace au Tigre qui pète) ou d’autres histoires liées avec le patrimoine local et la nature.
Je crois qu’à l’uninimité, on a tous apprécié le conte du Hêtre – choisi par Arnaud. Allez puisqu’on est sympa on vous le partage – source CPN.
Le lendemain matin, petit déjeuner tranquille avant de sortir dehors où la terre et les arbres étaient recouverts d’un fin manteau blanc. Un regal pour les yeux.
Conte du Hêtre :
Au commencement des temps, Dieu créa les arbres dont les branches étaient totalement nues. Un printemps, les trouvant bien tristes, avec leurs bras désespérément endus vers le ciel, il leur proposa un assortiment d’habits pour l’été.
Les premiers à se décider, les Saules, souples et élégants, se couvrirent de longues feuilles argentées et, fiers de leur apparence, ils se mirèrent dans l’eau des ruisseaux.
Les Bouleaux blancs, gais comme des demoiselles, revêtirent un voile frais et léger out bruissant dans la bise du soir.
Le Chêne, sérieux et sage, hésita longtemps avant de choisir un somptueux habit de dentelles festonnées.
Seul le Frêne manquait à l’appel : le gros paresseux dormait encore. Il n’avait entendu ni le chant du Coucou, ni le bourdonnement des insectes.
Les autres arbres se pressaient autour de lui en le montrant de leurs branches :
– Il est tout nu ! Il est tout nu !
Réveillé par leurs moqueries, le Frêne s’aperçut que tous ses compagnons se pavanaient dans des ramures splendides. Tout confus, il se précipita chez le Créateur.
Mais là, il ne trouva plus que des oripeaux sans valeur, tout déchiquetés, que personne n’avait voulu revêtir. Les feuilles clairsemées arrivaient difficilement à cacher sa nudité. En le voyant ainsi attifé, les autres arbres se moquèrent de plus belle de son aspect de grand dadais trop vite monté en graine.
– Quelle allure ! Un vrai épouvantail ! dit le Hêtre dédaigneusement.
Honteux de son feuillage, le Frêne décida de s’en débarrasser dès que possible. Aussi, au début de l’automne, alors que ses compagnons se couvraient d’ors et de rubis, de riches bruns et de beiges racés, avant même que la bise glaciale n’eût commencé à souffler; il laissa choir toutes ses feuilles à terre et se retrouva comme un pauvre erre dénudé, les bras tendus vers le ciel.
« Maintenant, se dit-il, je vais m’efforcer de rester réveillé tout l’hiver, afin d’être présent le premier pour la distribution d’habits ! Par ma foi, l’an prochain, je serai le plus beau ! »
L’hiver avançait, avec ses gelées et ses frimas. L’un après l’autre, les feuillus entraient dans le long sommeil. Seul le Frêne se tenait bien droit, bien ferme.
« Je ne veux pas dormir, se murmurait-il. Je ne veux pas dormir ! Je ne veux pas… »
Malgré lui, l’assoupissement le gagnait, incoercible. Et à Noël, il ronflait comme un loir.
Le printemps arriva, et le Frêne dormait profondément. Les moqueries de ses camarades le sortirent de sa léthargie.
– Il est tout nu ! Il est tout nu !
Une fois de plus, il était le dernier éveillé. Une fois de plus, il dut revêtir ses vieux haillons déchirés.
Et depuis ce temps lointain de la création du monde, les frênes sont les derniers arbres à se vêtir au printemps, et ils sont les premiers déshabillés à l’automne.










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