Tout commence au pied des pistes de Piau Engaly, là où l’asphalte cède enfin sa place à l’immensité blanche. Le groupe s’élance, porté par une ardeur que même les nuages, encore accrochés aux cimes comme des lambeaux de brume hésitante, ne sauraient tempérer. Sous nos pas, le crissement des raquettes rythme notre progression, vers les hauteurs du Lenquo de Capo.
Le ciel, d’abord voilé, finit par céder aux assauts du zénith. En un instant, la grisaille s’efface pour laisser place à une «tempête de ciel bleu », un azur si pur qu’il semble presque irréel. La température s’adoucit, la chaleur se fait presque printanière, et chaque souffle nous rappelle la dualité de la montagne : cette douceur trompeuse qui enveloppe l’effort du randonneur.
L’arrivée au col marque une rupture. Un vent frais, messager des hautes altitudes, nous accueille brusquement. Là, le regard s’ouvre sur un spectacle saisissant : le massif du Vignemale, majestueux et éternel, déploie son glacier étincelant sous un soleil souverain. À notre droite, le pic d’Ardiden se dresse comme une sentinelle de pierre.
Nous ajustons nos vestes pour affronter le dernier défi : une arête aux accents aériens. Le pas se fait plus précis, le regard plus attentif. Bien que facile, le cheminement entre ciel et terre offre ce frisson que seule la crête procure. Au sommet, nous posons face à l’objectif, le Soum des Salettes pour témoin silencieux de notre réussite.
Pour clore cette odyssée, nous choisissons de nous perdre dans des vallons dérobés. La neige, presque vierge de toute empreinte. Nous traçons notre propre sillage en savourant la solitude paisible de la fin de journée.
C’est avec le cœur léger et l’esprit apaisé que nous rejoignons nos véhicules. Cette journée au Lenquo de Capo ne fut pas seulement une ascension, mais une véritable célébration de l’amitié et de la splendeur des Pyrénées.
Serge MONTANE






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